Audition à la section ECC du Conseil économique, social et environnemental (CESE)

Dans le cadre du rapport sur le numérique à l’école j’ai pu échanger avec les membres de la section de l’Éducation, de la culture et de la communication (ECC) du Conseil économique, social et environnemental (CESE). L’ECC est compétente dans les domaines de la formation initiale, de l’orientation et de l’insertion des jeunes, de l’enseignement supérieur et de la recherche, de la citoyenneté, de l’accès aux droits, de la société de l’information et de la diffusion des savoirs, des activités culturelles, sportives et de loisirs. Dans le cadre de l’élaboration d’un avis sur le thème L’école à l’ère du numérique, j’ai pu répondre à quatre questions et échanger avec les membres du ECC.

« Pouvez-vous présenter les principaux changements constatés depuis une dizaine d’années et en particulier depuis la loi de pour la Refondation de l’École (qui a impulsé une nouvelle dynamique en matière de numérique éducatif), dans les pratiques éducatives avec le numérique qui peuvent améliorer les apprentissages scolaires ? »

  • Au cours des dernières années, nous avons dépassé l’approche « outil » (certifications B2I, C2I) pour développer une approche centrée sur la pédagogie soutenue par le numérique (Technology Enhanced Learning). Cependant, tant  la formation initiale comme continue des enseignant.e.s n’a pas su être à la hauteur des enjeux et les enseignant.e.s issus du système français de formation des enseignant.e.s (IUFM, puis ESPE et Inspé présentement) n’ont pas un sentiment d’auto-efficacité suffisamment développer pour appréhender la richesse du numérique éducatif. 
  • Malgré la succession de plans pour l’école numérique, ceux ci ont eu une orientation « outil » centrée sur des équipements technologiques (tableaux interactifs, tablettes, etc) et sur la création de ressources éducatives numériques (du contenu « canné » ou « en boîte ») qui ne répond pas aux enjeux de la pédagogie soutenue par le numérique. L’investissement réalisé en France sur les ressources éducatives du numérique dépasse largement celui qui a été fait dans d’autres pays. Or, l’investissement gagnant reste celui fait auprès de la formation des enseignant.e.s pour les engager en tant qu’enseignant.e.s acteurs du numérique, à créer leurs propres ressources et activités techno-créatives. 
  • Le grand changement, comme PISA et d’autres enquêtes internationales permettent de constater, est basé sur le facteur enseignant.e, et la formation initiale et continue de ceux-ci. Or, la formation aux usages du numérique en éducation en France n’a pas été suffisante ni du point de vue de la quantité d’heures de formation que de la qualité (il manque des enseignant.e.s-chercheur.e.s spécialités des usages du numérique éducatif dans des nombreux Inspé. Les cours en lien aux compétences numériques sont parfois donnés par des enseignant.e.s « technophiles », ce qui ne permet pas développer une approche sociocritique du numérique éducatif basée sur la recherche sur les connaissances actuelles sur les usages du numérique éducatif qui apportent des plus-values et des moins-values sur les différentes tâches d’enseignement et d’apprentissage. 
  • Il faut souligner l’intégration de la programmation dans les programmes scolaires et l’ouverture des formations SNT et NSI. Cependant, la formation à ces spécialités n’est pas garantie dans les différents Inspé et manque également de spécialistes dans l’enseignement et l’apprentissage du numérique et de l’informatique.
  • Nous remarquons l’émergence du numérique sans écran et l’apprentissage de l’informatique de manière débranchée comme des approches qui valent la peine d’être prises en compte.  
  • Nous manquons d’une culture de communauté éducative, qui est un facteur protecteur tant pour la persévérance dans le métier enseignant.e que le bien-être enseignant.e. Dans ce sens, notre équipe de recherche, le Laboratoire d’Innovation et Numérique pour l’Education (LINE) est engagée dans le développement des communautés comme CAI (enseignement et apprentissage de l’informatique à l’école) et Let’s STEAM (approche STIAM) au niveau européen. Plus d’informations ici : https://margaridaromero.me/2020/06/22/stiam-sciences-technologie-ingenierie-arts-et-mathematiques/

« Pour éclairer les travaux de la section, pourriez-vous citer une ou deux expérimentations concrètes réalisées avec des outils numériques dans des établissements scolaires et expliquer leurs apports dans les apprentissages scolaires?« 

  • Depuis 2017, nous développons des activités techno-créatives tant dans la formation des enseignant.e.s en Inspé en formation initiale et continue que sur les écoles, collèges, lycées de l’Académie de Nice. Ces actions sont développées en collaboration avec l’ensemble des acteurs éducatifs https://creamaker.wordpress.com/
  • En 2014 j’ai initié au Canada le projet visant le développement des approches interdisciplinaires techno-créatives dénommé #SmartCityMaker que j’ai continué avec la collaboration de nombreux acteurs éducatifs de l’Académie de Nice, de Martinique et de Paris au moment de rejoindre l’Université Côte d’Azur en 2017 : https://margaridaromero.me/2017/09/05/smartcitymaker-co-construire-la-ville-pour-apprendre/

« Le développement du numérique éducatif (Edtech, IA, Learning analytics…) et des ressources éducatives numériques en ligne sont de nature à changer le métier d’enseignant. Comment préparer les enseignantes et les enseignants à ces changements et les aider notamment à mieux intégrer les outils numériques dans leur enseignement ?« 

  • Face aux enjeux du numérique pour l’ensemble des citoyens, nous devons accompagner les apprenants au long de la vie (de 5 à 105 ans). Ceci se concrétise par un besoin de développement de la pensée informatique (computational thinking) leur permettant de dépasser le paradigme de consommateurs de technologies et adopter une approche critique et créative face aux technologies. Plus d’informations ici :  http://www.contact.ulaval.ca/article_blogue/la-pensee-informatique-des-programmeurs-jusquaux-eleves/
  • La compréhension et démystification de l’IA sont essentielles dès l’école primaire car des nombreux mythes sont associés à l’IA, à l’automatisation et aux robots. Nous développons plusieurs initiatives pour permettre de mieux appréhender l’IA en éducation, tout d’abord le Groupe de travail numérique (GTnum) IA et éducation pour lequel la Direction du Numérique Educatif (DNE) du MENJS nous a sélectionnés pour apporter un éclairage et avancer la recherche sur l’IA en éducation en base à des expérimentations de terrain. Plus d’informations ici ==> https://scoliablog.wordpress.com/
  • Pour démystifier la programmation et la robotique j’ai créé un conte pour des enfants de 7 à 77 ans en collaboration avec l’éditeur du gouvernement du Québec (Vibot le Robot). Je travaille en ce moment sur un conte sur la démystification de l’IA envers un public de 7 à 107 ans pour lequel je cherche un soutien pour la distribution dans les écoles. 

« Au regard de vos travaux de recherche dans le cadre du LINE, quelles sont les trois préconisations qui vous semblent importantes à développer pour améliorer les apprentissages scolaires et l’enseignement avec les outils numériques ?« 

  • J’ai réalisé 16 préconisations ce mois de novembre 2020 dans le cadre des Etats Généraux du Numérique Educatif (EGNE). Le document au complet est ici :  https://frama.link/2020-EGNT
  • La préconisation la plus importante est celle de garantir la formation de qualité à la culture et compétences numériques des enseignant.e.s en formation initiale et continue par un module de formation spécifique avec un minimum de 20h de formation M1 et 20h de formation M2 pouvant être considéré dans les « fondamentaux » de la formation des enseignant.e.s. Tenant compte de l’enjeu éducatif et sociétal de la culture et de la littératie numérique dans le contexte actuel et à venir, il est nécessaire de placer la création d’une unité d’enseignement “Culture et Compétences Numériques” au cœur du programme de formation initiale et continue des enseignants.
  • La deuxième préconisation est celle de reconnaître le temps nécessaire à l’ingénierie pédagogique des enseignant.e.s, notamment en contexte d’hybridation et de distanciel.
  • La troisième préconisation est celle de soutenir les communautés d’enseignant.e.s tant au sein de l’équipe-école que par le développement des communautés comme CAI (enseignement et apprentissage de l’informatique à l’école) et Let’s STEAM (approche STIAM) au niveau européen. 

En résumé, les deux textes suivants synthétisent les idées clés : http://www.contact.ulaval.ca/article_blogue/pour-ou-contre-le-numerique-a-lecole/ et https://www.vteducation.org/fr/articles/collaboration-avec-les-technologies/usages-pedagogiques-des-tic-de-la-consommation-a-la.

D’autre part, il ne faut pas oublier l’importance la culture et compétences numériques des parents. Elles sont essentielles, car les parents sont en (co)responsabilité éducative sur la citoyenneté numérique de leurs enfants. Par ici 10 compétences en lien au numérique en éducation pour les parents voulant éviter des enfants « écranisés » : https://researchgate.net/publication/262688255_Romero_M_2014_Digital_literacy_for_parents_of_the_21st_century_children_Elearning_Papers_38_32-40…