Organiser l’apprentissage en famille dans un contexte de confinement

En quelques jours notre vie a été bousculée. D’une organisation familiale et professionnelle avec des rythmes bien établis nous avons dû tout réajuster : les temps de travail, les temps d’apprentissage et de loisir, ceci sous la contrainte du confinement. Pour les élèves du primaire et du secondaire, ce réajustement interpelle tant les enseignants que les parents sur la manière d’organiser la journée de travail et le type d’accompagnement à apporter à leurs enfants. Quel type d’organisation mettre en place ? Doit-on sortir du rôle de parent pour s’improviser dans un nouveau rôle d’enseignant ou de surveillant des devoirs ? Quel type de ressources sont disponibles pour l’apprentissage en famille ?

Accompagner une situation de crise

Imaginons-nous à la place de notre enfant. Il y a un vrai basculement dans la vie quotidienne. Une vie auparavant rythmée par des calendriers bien établis, des lieux et des activités scolaire et extrascolaires qui remplissaient les agendas, et des relations établies avec les ami·e·s et les adultes de référence. Tout à coup, ce rythme et ces relations sociales ne sont plus là, ou réduites à des contacts virtuels. L’enfant se retrouve confiné, entouré d’adultes (plus ou moins déconcertés), qui tentent de retrouver une normalité dans ce nouveau contexte.

Imaginons-nous à la place de notre enfant. Prenons le temps avec elle, lui ou eux. Prenons-le temps de répondre aux questionnements, d’établir ensemble un nouveau rythme de vie dans cette nouvelle situation qui devrait être temporaire, avant une reprise de normalité dans quelques semaines. Expliquons cette situation de crise, en faisant comprendre les enjeux collectifs qui ont conduit à ces choix. Assurons-nous que nous accompagnons très humainement cette nouvelle situation.

L’organisation de l’apprentissage en famille

Un des élèves interpellés cette semaine sur son expérience d’apprentissage à la maison l’a très bien synthétisé : « la maison n’est pas l’école ». L’école est un lieu privilégié pour des apprentissages disciplinaires sous une forme bien organisée et encadrée par les professionnel·le·s de l’éducation : les enseignant·e·s. Bien que l’école soit toujours une organisation perfectible, son organisation permet d’offrir une progression des apprentissages selon un programme qui fait l’objet d’améliorations régulières.

La forme scolaire est caractérisée par une forte structuration temporelle, qui commence par les temps institutionnels (le calendrier scolaire), les temps alloués par l’enseignant pour la réalisation de certaines activités, le temps effectivement engagé par l’apprenant et finalement, le temps effectif d’apprentissage (TEA), qui correspond au temps au cours duquel la progression effective se réalise (Carroll, 1963)[1], ce qui est également dénommé temps de tâche (time-on-task).

Figure 1. Temps d’apprentissage dans des contextes à forte régulation externe (Romero, 2010)[2].

Sans école, les temps institutionnels et le temps alloué par l’enseignant ne sont plus organisés par l’équipe pédagogique au sein d’un lieu dédié. Reproduire ces temps institutionnels sans disposer d’un lieu et d’une organisation comme ceux de l’école est un défi. D’autant plus que la plupart d’entre nous se trouve en situation de télétravail.

A la maison, nous devons repenser les espaces et les lieux pour l’apprentissage afin d’établir les frontières entre les temps et les lieux pour l’apprentissage formel et les autres activités. L’organisation du temps de travail est parfois proposée par les enseignant·e·s, mais dans le cas où ce n’est pas le cas, il est important de pouvoir définir des plages de travail adaptées à chaque élève. 

Les temps d’apprentissage en famille peuvent être adaptés et davantage concentrés sur des plages horaires plus courtes qu’à l’école si les parents peuvent accompagner individuellement l’élève.

Au-delà de la structure du temps, il faut également considérer la qualité du temps pour l’apprentissage tant des élèves que des étudiant·e·s (Romero & Barberà, 2011)[3]. La qualité du temps pour l’apprentissage le matin est souvent plus importante qu’en après-midi et en fin de journée. Tenir compte de la qualité du temps et pas uniquement de la durée du temps peut être un levier pour engager les élèves à développer des temps de qualité, quitte à réduire la quantité. 

Les ressources pédagogiques

Au sein des différentes communautés en lien avec le numérique éducatif, le partage de ressources s’est développé au cours des derniers jours. Au niveau national, les initiatives visant soutenir une #Nationapprenante se sont développées pour mobiliser les différents acteurs éducatifs. La plateforme du CNED, « Ma classe à la maison » a été ouverte à tous les élèves et des ressources disponibles tant sur les plateformes publiques que sur des éditeurs privés (https://solidarite.edtechfrance.fr/) sont en train d’être partagées tant au niveau scolaire comme universitaire (http://www.fun-ressources.fr/).

Dans le cadre des activités artistiques, les enseignant.e.s de l’Inspé ont mis en commun des ressources pour la création d’une « Malette artistique »[4] conçue par l’artiste Mélanie Perrier comprenant des liens vers des ressources tant dans le domaine des arts comme les visites virtuelles des musées, des collections et des expositions, de la musique et du théâtre entre autres. 

Dans le cadre de l’apprentissage de l’informatique à l’école primaire et secondaire, le projet Class’Code dont le Laboratoire d’Innovation et Numérique pour l’Education (LINE) est partenaire, met à disposition des nombreuses ressources pour l’accompagnement tant des parents, que des élèves, ou des enseignant·e·s. Les ressources sont partagées avec Class´Code et disponibles sur ce lien https://pixees.fr/classcode-a-lheure-du-corona

De nouvelles collaborations entre enseignant·e·s, parents et élèves

Les enseignant·e·s sont des professionnel·le·s qui apprennent leur métier dans le cadre d’une formation en alternance qui inclut un accompagnement de cette professionnalisation. À ce titre « Enseigner, ça s’apprend »[5] comme nous le rappelle le dernier ouvrage collectif de Gérard Sensevy où des collègues du LINE (Serge Quilio et Jérôme Santini) ont également contribué. 

En temps normal, les rôles des enseignant·e·s, des parents et des élèves sont bien établis et organisés dans des lieux et des contextes spécifiques pour chacun d’entre eux. En contexte de confinement, de nouvelles collaborations sont nécessaires entre des enseignant·e·s à distance, des parents qui endossent un rôle plus important dans le suivi des activités et des élèves, qui doivent davantage montrer de l’autonomie et accepter cette redéfinition des rôles tout en comprenant que les parents ne sont pas totalement à disposition.

Face à une situation inédite, prenons le temps de faire communauté pour accompagner les élèves, les enseignant.e.s et les parents dans la recherche de solutions nouvelles pour l’organisation de la continuité pédagogique.


Merci à Thierry Vieville pour les ressources Pixees et Ana Chiaruttini pour la « Malette artistique ».


[1] Carroll, J. B. (1963). A model of school learning. Teachers College Record, 64, 723-733.

[2] Romero, M. (2010). Gestion du temps dans les Activités Projet Médiatisées à Distance. Université de Toulouse (CLLE-LTC UMR CNRS 5263) et Universitat Autònoma de Barcelona (SINTE SGR 2009 134). https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-02137365/

[3] Romero, M., & Barberà, E. (2011). Quality of e-learners’ time and learning performance beyond quantitative time-on-task. The International Review of Research in Open and Distributed Learning12(5), 125-137. https://doi.org/10.19173/irrodl.v12i5.999

[4] https://docs.google.com/document/d/1kLswVe6l2okx42bPl7cVWMb-1lXcbLaMQxsf5PZF3-g/edit

[5] https://www.editions-retz.com/pedagogie/domaines-transversaux/enseigner-ca-s-apprend-9782725637785.html

Une réflexion sur “Organiser l’apprentissage en famille dans un contexte de confinement

  1. Ping : Notre sélection de 40 activités pour passer 40 jours en quarantaine — Pixees

Les commentaires sont fermés.